Appel à l'aide
Quelque part en avril 2000, j'ai failli sombrer dans une mer d'initiatives et de propositions visant à mettre en place toutes sortes de choses au bénéfice des lévriers maltraités qui, à travers mes « actions et témoignages » dans divers programmes, avaient suscité beaucoup d'incrédulité et d'horreur chez de nombreuses personnes et organisations qui, jusqu'alors, ne savaient rien de ce qui se passait en Espagne. Quoi qu'il en soit, avec Battenbroek en tête, j'étais devenue très prudente mais je ne pouvais pas échapper à mes bonnes intentions sans offenser les gens. Ainsi, à Anvers, sous la supervision de ma première collaboratrice, Mme Pelgrims, la toute première Soirée Dansante avec orchestre au profit de la survie des Lévriers, a été mise en place !! Un bal fructueux et très réussi où j'ai rencontré Diana V., une collaboratrice importante de Virgin Express, qui m'a demandé si elle pouvait faire quelque chose pour moi et, sans attendre de réponse, m'a fait une proposition incroyable qui signifiait que, aussi nécessaire que je le juge, je pouvais prendre l'avion gratuitement pour Madrid avec 5 cages et revenir avec 5 lévriers !! Avec ou sans accompagnateur de mon choix pour m'aider. La seule chose que je devais faire était de présenter les « documents officiels » de l'organisation au conseil qui m'attendait dès que possible à Bruxelles !! Après une réunion avec le conseil d'administration et la personne responsable du compartiment à bagages de tous les vols. J’avais toujours le droit de l’appeler et il me donnerait toujours l'espace requis. j'ai donc reçu leur Fiat et j'ai pu profiter de ce cadeau incroyable venu du ciel pendant des années. Lorsque Virgin Express a arrêté et a été remplacé par le groupe Lufthansa et/ou Brussels Airlines, mon « contrat » a été annulé avec le message qu'il ne faisaient pas de charité. Message court et clair.
Quoi qu’il en soit, avant cela, je devais rester sur place, afin de remplir une camionnette. Après plusieurs appels téléphoniques disant que de nombreuses personnes et chiens comptaient sur moi, je suis partie pour l'Espagne une dernière fois avec le donateur de la camionnette. Comme, entre-temps, il avait une copine, c'était son dernier voyage et après cet ultime déplacement, nous nous sommes dit au revoir. D’abord, nous nous sommes rendus à Madrid où une collaboratrice d'un groupe local m'attendait pour visiter, en sa compagnie, le plus grand camp de gitans d'Europe. Étant une « personne blanche », elle avait reçu un accès exceptionnel pour la bonne raison qu’elle allait régulièrement avec de la nourriture pour les chiens. La communauté lui faisait confiance, m'avait-elle assurée, donc je ne devais ni m'inquiéter, ni avoir peur. Son amie, moi donc, avait été exceptionnellement autorisée par le « Chef ou Roi gitan » à venir parce que je donnais quelques centaines de kilos de nourriture pour chien en cadeau. Je n'étais pas à l'aise mais la dame voulait absolument me montrer ce qui était arrivé aux chiens dans cet endroit inaccessible. Après un long et difficile voyage et du très mauvais temps, nous sommes arrivées à Madrid où nous avons dû chercher le lieu de rendez-vous bien trop longtemps, au grand déplaisir de mon chauffeur impatient et fatigué. Pas une sinecure avec une circulation aussi dense. Heureusement, nous avons trouvé la dame assez rapidement au milieu du chaos des rues et des places, et le fait qu'elle veuille aussi nous offrir un abri compensait beaucoup pour mon chauffeur. Les rendez-vous non sollicités en plus de la visite chez les gitans, avaient un résultat moins positif sur sa bonne humeur.
Le lendemain, très tôt, nous sommes partis avec la nourriture promise, en direction de l’autoroute, dans sa petite voiture et avec la camionnette dans notre sillage. Après quelques kilomètres, juste avant la capitale, nous avons pris une bretelle et immédiatement après, il fallait prendre à droite, une route de gravier sinueuse et en descente qui semblait interminablemment longue et qui était pleine de nids de poule et de bosses. Ce n'était pas bon pour la camionnette qui nous suivait et ce n'était pas bon pour la tranquillité d'esprit du conducteur et je m’en inquiétais. Après près de quinze minutes de manœuvres prudents, nous avons dû nous arrêter devant une gigantesque porte en fer qui bloquait le passage vers ce qui semblait être un grand village dont on ne pouvait voir la fin. Pour autant qu’il m’était possible d’entrevoir, tout était rempli de montagnes de carcasses de voitures alternants avec d'innombrables baraquements. Ici et là, un ou plusieurs chevaux se tenaient sur un terrain aride délimité par du fil de fer épineux et plusieurs chevaux efflanqués se trouvaient dans de vieilles remorques sans roues. Parmi tout ce désordre, il y avait des masses de voitures accidentés, la plupart contenant des galgos tout aussi efflanqués. Lorsque la « porte » à l'un des prolongemnts du « Canada Real », la plus grande « ville » gitane d'Europe, s’est ouverte et que nous sommes entrés, notre voiture et la camionnette ont immédiatement été encerclés par un groupe d'hommes et d’enfants hurlant avec arrogance. Les femmes en longues jupes, la plupart ornées de bijoux et d'une bouche pleine de dents en or et étant manifestement fières de leurs origines, restaient à l'écart et nous ignoraient. Devant chaque « maison » se trouvait une sorte de boîte fermée en bois ou en brique avec, au dessus, un couvercle rabbatable. Un peu plus tard, il se révéla que ces boîtes abritaient un galgo et ses chiots remplis de puces et de tiques. Ces espaces étaient bien trop étroits pour abriter ces pauvres animaux. Après avoir rencontré le chef et exprimé mon respect et mes remerciements, nous avons pu nous promener. Mon chauffeur, qui n'était pas à l'aise à ce sujet, a préféré ne pas quitter la camionnette et, en attendant, il en a profité pour décharger les sacs de nourriture pour chien.
Pendant que j'essayais de faire passer le courant entre les dames et moi, elles me montraient indifféremment leurs pauvres galgos émaciés, qui se trouvaient avec leurs chiots dans les prisons sombres et puantes remplies de vermine. J'essayais de tester par l'intermédiaire de ma dame de compagnie, si je pouvais en acheter quelques-uns ainsi que leurs petits. Ils avaient le droit de fixer le montant. Mais en vain car il était impossible de communiquer avec les dames, elles étaient inaccessibles et secouaient non de la tête avec un mystérieux sourire condescendant à la Joconde. Insister n’aidait en rien car elles étaient très conscientes de leur supériorité. Ici, elles étaient aux commandes et je devais respecter cela, que je vienne avec cent ou avec mille kilos de nourriture, elles me regardaient de haut de toute façon. Avant de partir, ma « petite amie » a pris un couteau et a, à ma grande surprise, fait une déchirure dans tous les sacs de nourriture, « pour les empêcher de revendre la nourriture », a-t-elle précisé, « cela n'a fait qu'arracher un sourire triste chez moi. Une déchirure ou pas, une chose était sûre : les pauvres galgos ne recevraient pas un grain de nourriture dans leur estomac vide. Après avoir dit au revoir, juste avant notre départ, un jeune couple de gitans corpulents a sauté dans la petite voiture et a exigé que nous les emmenions à Madrid ! Nous n'avons pas osé refuser et nous les avons emmenés là où ils voulaient aller. Pendant que nous continuions notre route vers mes autres rendez-vous avec les présidents d'organisations locales et de refuges, j'avais du mal à retenir mes larmes.
Le lendemain, nous sommes partis pour Medina avec deux chiots que j'avais obtenu à la suite de la réunion avec les présidents... À Medina, ils m'avaient informé que dans une maison d'hôtes à 50 km de là, on avait abandonné 30 anciens greyhounds du canidrome, dont l'avenir était précaire car les propriétaires ne voulaient plus les entretenir. Au total, on m'a dit qu'il y avait 70 chiens et je ne pouvais en emmener que 38 à bord, pensais-je inquiète... Après un long trajet, nous sommes arrivés à Médina en fin d'après-midi. Il n'y avait aucun responsable présent dans le refuge, alors j'ai dû attendre encore et encore jusqu'au soir. Ce n’est qu’alors qu’on m'a dit que nous n'étions autorisés à entrer dans la pension qu'à 15h00,le lendemain, moment où je devrais, à mon grand désespoir « choisir » les chiens, c'est-à-dire sélectionner qui était autorisé à faire le voyage avec moi ou pas. Comme nous ne savions pas où se trouvait le refuge « Lagune » ou quelque chose de ce genre, quelqu'un de Medina nous a accompagné. Après une nuit à l'hôtel où on ne pouvait pas prendre le petit-déjeuner ni boire, nous sommes repartis avec notre guide et le ventre vide vers le refuge situé à environ 50 km. À notre arrivée, il faisait un froid glacial et il a commencé à neiger légèrement. Après qu'ils nous aient enfin laissés entrer après des appels répétés et des coups à la porte, nous avons traversé la place centrale jusqu'aux chenils des anciens coureurs, presque tous noirs et tous portant un manteau. Quand j'ai demandé à la personne responsable mais inflexible d'ouvrir les chenils et que j'ai regardé sous le manteau d'un des pauvres animaux, il y avait un squelette en dessous !! Les pauvres bêtes étaient tous émaciés et avaient reçu peu ou pas de nourriture pendant très longtemps!! Pauvres, pauvres bêtes, c'était terrible et surtout impardonnable. Incroyable que les chiens soient encore debout. J'étais dans tous mes états et furieuse contre la personne responsable qui n'était pas très impressionnée et qui haussait les épaules avec indifférence. Finalement, il était 16h00 de l'après-midi, avant de pouvoir charger les chiens. Pendant ce temps, un orage et des nuages sombres s'amassaient au-dessus de nos têtes et un tourbillon violent déstabilisait tout ce qu'il pouvait attraper. Passeports, livrets, papiers, tout s'est envolé.
Pendant que les pauvres animaux étaient aidés à monter à bord, le ciel s'est ouvert et a craché pluie, neige, grêle, etc. sur nous. Nous avons tout eu sur la tête et mon chauffeur ainsi que notre guide de Médina et moi étions mouillés jusqu'aux os.
Charger des animaux effrayés et stressés dans de telles conditions n'était pas une tâche facile. Il était 20h00, avant de pouvoir monter dans la camionnette. Trempés, nous partîmes pour un trajet de 24 heures en direction de la Belgique. À ce moment, nous étions déjà debout depuis 14 heures... À cause de nos vêtements mouillés, il nous était impossible de voir quoi que ce soit dans la cabine. Nous avons dû nous arrêter dans la première station-service que nous avons rencontrée. Là, nous avons grelotté dans les toilettes et essayé d'enlever nos vêtements mouillés pour les remplacer par des vêtements secs. Vous devez vraiment essayer de faire cela dans un si petit espace. Je n'arrive toujours pas à y repenser sans revivre cet instant. Malgré toute cette misère, nous avons eu, une fois de retour dans la cabine, le fou rire . Le reste du voyage, j'ai dû me passer de chaussures parce que j'avais eu la brillante idée de les sécher sur le tableau de bord, ce qui a fait qu'elles avaient rétréci... Pendant tout le temps il a continué à tomber des cordes et je me demandais d'où venait toute cette eau. Au Pays basque, sur la route vers la France, un camion s'était renversé dans la dangereuse « descente » vallonnée, pleine de tunnels et de virages et cela malgré l'interdiction, de dépasser un autre camion. À notre grande irritation et frustration, nous sommes restés bloqués pendant des heures. Quand nous avons pu partir après une attente interminable, nous avons eu des doubles vérifications à la frontière avec la France, mais heureusement, nous avons pu continuer avec les félicitations des gendarmes.
Quoi qu’il en soit, mon chauffeur a eu un problème... Il commença à hocher de la tête et ferma les yeux de fatigue. Quand j'ai insisté pour qu’il se repose, il est devenu fou et toutes les accusations possibles m'ont été lancées. Conduisant sous la pluie battante, le retard et le manque de repos ont pesé sur tout le monde, sauf sur les chiens toujours patients qui, malgré tout le remue-ménage et les revers, sont restés calmes et semblaient soulagés d'être en sécurité. Malgré le fait que mon chauffeur était épuisé, j'ai dû utiliser tous mes pouvoirs de persuasion pour le faire arrêter contre sa volonté, ce qui n'a réussi qu'après une longue insistance. Après une heure de repos sur le parking d'un certain aire aux environs de Bordeaux et un copieux petit-déjeuner composé de 2 tasses de café du distributeur automatique et de 2 croissants spongieux, il passa sa tête sous un robinet et fut prêt à entamer les derniers 750 km vers la Belgique et sa nouvelle petite amie. En ce qui me concerne, j'étais également épuisée et je ne pouvais penser qu'à ce qui m'attendait après l’arrivée ... Heureusement, il y avait la certitude que les autres chiens seraient recueillis à Médina. Je devais donc retourner au plus vite, pour les récupérer. Mais d'abord, je devais trouver des adoptants et un chauffeur. Une affaire délicate et pas facile car je n'avais aucune idée de qui était éligible pour être chauffeur ou adoptant...
Mireille